LISBONNE

LISBONNE

Lisbonne doit à sa situation exceptionnelle et à son site admirable une longue et riche histoire. De la préhistoire à nos jours, les civilisations les plus diverses, celles des peuples celtibères, grecs et phéniciens, celles des Romains et des Wisigoths, des musulmans et des chrétiens, s’y sont succédé. Tournée vers l’Océan, qui fut pendant longtemps sa seule ouverture sur le monde, Lisbonne devint, dès le XVe siècle, la porte de l’Orient et des tropiques. Capitale d’un modeste État européen tôt unifié, son essor commença avec les grandes découvertes. La perte de l’Empire portugais aux Indes et au Brésil ruina son activité au XIXe siècle. Mais, depuis la Seconde Guerre mondiale, l’industrialisation et l’exode rural font de la ville calme et endormie du romantisme une métropole en plein expansion.

Des débuts d’Olisipo à la Lisbonne moderne

La ville

Jusqu’aux grandes découvertes, le littoral atlantique de la péninsule Ibérique constitua les confins du monde antique. Le toponyme de Lisbonne, rattaché mythiquement à Ulysse, atteste l’ancienneté du havre, simple plage siuée au pied de la colline du château São Jorge, le long d’une corne, aujourd’hui comblée, à l’emplacement de l’actuelle Baixa. À l’époque romaine, Felicitas Julia Olisipo perdit en importance maritime ce qu’elle gagnait comme terminus des voies de la péninsule. Après la période de domination suève et wisigothique (409-714), Aschbouna fut occupée par les musulmans, qui en firent un opulent centre commercial, où abondaient l’or et l’argent et tous les produits de luxe.

Sa position stratégique, plus que sa richesse, fit de sa reconquête un but primordial et, en 1147, Alphonse Henriques, premier roi du Portugal, réussit, avec l’aide d’une flotte de 13 000 croisés, à se rendre définitivement maître de la ville, dont Alphonse III allait faire sa capitale en 1255.

Derrière ses murailles wisigothiques, Lisbonne couvrait 15,68 ha et comptait 15 000 habitants (musulmans de la Mouraria, juifs de la Judiaria, chrétiens et mozarabes). Elle crût considérablement à la fin de la Ire dynastie, au point que le roi Fernando édifia, en 1373-1375, la cerca nova pour protéger sa capitale. S’étendant sur 101,5 ha, Lisbonne s’ouvrit désormais largement sur la mer. Capitale politique, elle joua aussi un grand rôle au point de vue religieux et culturel, puisque le roi Denis y fonda, en 1290, l’Estudo Geral, embryon de la future Université, transférée plus tard à Coimbra.

Cependant, la ville connut son véritable essor sous la dynastie des Avis (1385-1580): la politique d’expansion outre-mer, inaugurée en 1415 par la prise de Ceuta, fit de Lisbonne une des capitales les plus riches et les plus peuplées du monde occidental. Au XVIe siècle, sa superficie, s’étendant au-delà des murailles fernandines, dépassait 300 ha. La population, malgré les épidémies et la peste, les fréquents tremblements de terre, les guerres civiles, les pogroms et les sièges, s’élevait à 100 000 habitants en 1531 et à 126 000 en 1626.

Le plan actuel de Lisbonne date du célèbre tremblement de terre qui détruisit, le 1er novembre 1755, la plus grande partie de la ville basse, n’épargnant que l’Alfama et le Bairro Alto (40 000 victimes environ). Le marquis de Pombal décréta alors la reconstruction de la capitale, selon des normes rationnelles, qui en font une véritable «ville des Lumières». Elle couvrait 670 ha et atteignait 237 000 habitants quand, en 1808, la cour partit se réfugier au Brésil pour échapper aux troupes du général Junot.

La vie économique et sociale du Moyen Âge et des Temps modernes

La bourgeoisie marchande et artisanale de Lisbonne prit une grande expansion, quand elle prétendit exploiter les avantages du site et de la situation du port pour développer son activité économique. Dès la seconde moitié du XIIIe siècle, les navires italiens y faisaient escale, et le roi Denis fit appel, en 1317, à des marins génois pour agrandir sa flotte, créée en 1279. En même temps, les métiers prirent de l’extension et s’organisèrent à Lisbonne sous le roi Fernand. Leur rôle s’amplifia sous Jean Ier au point que ce dernier associa, en 1384, les représentants des Jurandes à l’administration de la capitale (Casa dos Vinte e Quatro). L’essor commercial de Lisbonne dépendit cependant essentiellement de l’expansion maritime et coloniale du royaume, qui succéda aux découvertes animées par l’infant Henri le Navigateur. La Casa da Guiné, créée en 1455 à Lagos, fut transférée, en 1463, à Lisbonne dans les bâtiments de la cour (Paço da Ribeira) et prit successivement divers noms (Casa da Guiné e da Mina en 1482, Casa da India en 1503). Lisbonne fut alors le centre de l’administration et du commerce d’outre-mer, exportant vers l’Afrique et vers l’Inde poudre, armes, sel, sucre, corail, métaux précieux, regroupant et distribuant les épices d’Orient (poivre, cannelle, clou de girofle, noix muscade, gingembre, benjoin, encens, camphre, soie, rhubarbe, thé, porcelaine, damas, laque, perles, pierres précieuses) qu’elle vendait au profit de la Couronne. À partir de 1504, le roi, tout en faisant appel aux capitaux étrangers, se réserva le monopole du commerce des épices en vue de pratiquer une politique de hauts prix. Mais, bien qu’évincée par Lisbonne en 1503, Venise réussit à concurrencer les Portugais, surtout à partir de 1530, ce qui entraîna une baisse des prix. En 1570, le commerce des épices redevenait libre, sauf pour le poivre, la cannelle et les soieries, pour lesquels le souverain passait des contrats d’exclusivité. En fait, dès la fin du XVIe siècle, la concurrence hollandaise et anglaise en Orient fut telle que le système des contrats lui-même dut être abandonné. La part des produits d’Orient dans le commerce portugais diminua donc alors au profit de ceux de l’Afrique et du Brésil. Principal entrepôt européen des produits tropicaux (bois brésil, sucre, tabac, cuirs et peaux, puis coton, indigo, cacao et café), Lisbonne se trouvait au sommet du triangle qui associa, du XVIIe au XIXe siècle, la métropole, les côtes africaines et le Brésil.

Les flottes

Les voyages vers l’Inde s’effectuaient en flottes annuelles. La rotation des navires et des capitaux était lente, car il fallait dix-huit mois pour accomplir le trajet Lisbonne-Goa aller et retour, en utilisant au mieux le mécanisme des moussons. Vers le Brésil, le système des convois fut également de règle, tout au moins pendant la période de domination espagnole. Après la Restauration de 1640, Jean IV organisa en 1649, sur les instances du père António Vieira, la Companhia do comércio do Brasil qui devait assurer, avec trente-six vaisseaux, le convoi des navires de commerce. Passant sous l’administration directe du roi en 1662, celle-ci avait quasiment disparu en 1720. Dès lors, sous le règne de Jean V, au moment où afflue l’or du Brésil, la navigation fut pratiquement libre entre le Portugal et ses colonies. Mais, aussi bien pour s’opposer à la contrebande qui diminuait les ressources du Trésor royal que pour renforcer les privilèges des grands négociants de la capitale, enrichis dans le commerce du tabac, le marquis de Pombal créa des compagnies à monopole (Companhia da Asia ou Companhia oriental de 1753 à 1760, Companhia do Grão-Pará e Maranhão en 1755, Companhia geral de Pernambuco e Paraíba en 1756). Par ailleurs, la Junta do comércio (1755) devait, entre autres fonctions, organiser des flottes annuelles selon un système rigide, qui ne donna guère satisfaction, avant d’être abandonné définitivement en 1763. C’est à Lisbonne que les flottes devaient se concentrer et effectuer, à l’aller comme au retour, toutes les opérations douanières. La capitale en tira donc grand profit pour jouer le rôle d’un vaste emporium distribuant en Europe des produits coloniaux contre les céréales et les produits manufacturés dont le Portugal et le Brésil avaient besoin. Il suffit d’examiner la place occupée, en 1796, par Lisbonne dans le commerce du royaume, pour se rendre compte des effets de cette concentration portuaire (cf. tableau).

Décadence et macrocéphalisme

Le Blocus continental et la séparation de fait entre le Portugal et le Brésil, en 1808, modifièrent la conjoncture économique et révélèrent une crise de structure due au sous-équipement industriel. Les efforts du marquis de Pombal et de Marie Ire pour développer une industrie moderne dans l’hinterland de la capitale eurent, en effet, de piètres résultats. Lisbonne abandonna donc, au XIXe siècle, à Porto, l’austère capitale du Nord, toute l’activité industrielle. Siège d’une cour bourgeoise et centre d’une vie politique souvent troublée par les guerres civiles, la capitale subit, sous la monarchie constitutionnelle, la décadence qui touche l’ensemble du pays. Sa population qui comptait 237 000 habitants à la fin du XVIIIe siècle sur une superficie de 940 ha serait même tombée à 190 000 en 1845, alors que Porto passait de 45 000 à plus de 100 000 habitants.

Sous la Régénération, à partir de 1852, la capitale reprit de l’importance et recommença à s’agrandir, s’éloignant de ses origines portuaires et devenant de plus en plus étrangère à la mer. Quand, en 1890, l’Avenida da Liberdade remplaça le Passeio público romantique, Lisbonne comptait 356 000 habitants, chiffre qui atteindra 434 000 en 1911 et 630 000 vingt ans plus tard, progression très rapide encore que non soutenue par un développement industriel.

Ce n’est qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que Lisbonne prend ses dimensions actuelles (830 500 habitants en 1988). L’exode rural, l’attrait de la capitale, l’implantation d’usines dans l’unique site qui, au Portugal, répond aux conditions modernes d’une industrialisation avide de main-d’œuvre, d’espace, d’eau, de consommateurs et de capitaux expliquent l’expansion d’une agglomération de deux millions d’habitants en 1991.

La côte méridionale de la mer de Paille (a Outra Banda) se peuple de villes industrielles (Cacilhas, Seixal, Barreiro...). La mer, si utile pour recevoir les matières premières, était cependant un obstacle à l’essor d’une agglomération à cheval sur ses rives. Témoin des ambitions nouvelles de Lisbonne, le pont suspendu le plus haut et le plus long d’Europe (2 277 m) s’élance, depuis 1967, au-dessus de l’axe vital de la capitale et du pays.

Lisbonne
(en portug. Lisboa) cap. du Portugal, sur l'estuaire du Tage; 827 800 hab. Ce port, qui fut l'un des plus import. du monde par ses relations avec l'Afrique et avec l'Amérique du Sud, est auj. surtout un port pétrolier. Princ. centre industr. du pays.
Archevêché. Musées. Cath. romane (XIIe s.), reconstruite après le tremblement de terre de 1755 qui dévasta la ville basse. Monuments épargnés: le chât. São Jorge (tours et murailles du temps des Wisigoths), le couvent des Jerónimos (XVIe s.), la tour de Belém (XVIe s.). Le marquis de Pombal fit reconstruire la ville.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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